Foire à tout

Un peu de tout, beaucoup de n'importe quoi

11 mars 2008

Ne rien dire car il n'y a rien à dire

Il pisse dans une boîte de conserve dans le lavabo
Il croit qu'il sert à quelque chose - il croit que son existence
sert à quelque chose - il croit que sa vie a un sens
il croit que ce qu'il dit sert à quelque chose - il croit
que ce qu'il dit a un sens - il croit que ce qu'il
fait sert à quelque chose - il croit que ce qu'il
fait a un sens - il croit que ce qu'il pense sert
à quelque chose - il croit que ce qu'il pense
a un sens
Il pisse dans un boîte de conserve sur le lavabo.

Mathusalem Niéju in Le Jardin ouvrier, n° 11

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29 février 2008

Vertige des pentes

(...)

Maintenant je suis au Fouquet's à Paris tourne dans la pluie derrière ses étamines ajourées.
On entend les mitrailleuses du désir qui nous visent de leurs femmes trop compliquées.
Les patineurs inscrivent leur nouvel alphabet sur la glace en viande fraîche de notre  coeur.
Je me souviens d'un tableau avec un coin de vendredi tout en dentelle,
Douceur des dimanches pour les poètes ces concierges de l'irréel.

Elle avait des cheveux en frange de nuage et je sais que ses yeux étaient ailleurs,
Du côté du Sud, où mes mains absentes caressent cette grandeur insoluble,
Villes du Mexique qui allumez vos pierreries comme des chasubles
Ecoutez les mots que j'invente pour qu'un coeur de femme soit moins exilé.
Je vis cette aventure des Aztèques réinventés.
Hommes fermés à double tour à la poésie de ceux qui se taisent,
Ecoutez, écoutez sans comprendre les mots de l'amour que rien n'apaise.

(...)

                              Robert Goffin

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29 janvier 2008

Spoutnik

Spoutnik.
Je vous dis le poème de ces dernières années :
En 1950 le Tour fut gagné par Louison Bobet
Dien-Bien Phou militaires
Dien-Bien-Phou diplomatiques
Le Vingtième Congrès
Les rats sortent toujours du cadavre des grands hommes
« Comme nous les rats avons dû vous faire souffrir
Vous les petits ratons.
On nous faisait parfois danser la danse des ours.
Le Grand Rat est mort.
Nous pouvons tous tourner en rond. »
A la ronde des capucines
Pas de grands hommes politiques
La saison est au pain sec
Les vieux claquent la porte chez la voisine.
Les jeunes. Où sont les jeunes ?
Pointant la lunette aux quatre coins de l'horizon
Le Capitaine ne vit pas de mouvements de jeunes.
Les brigades internationales seront pour une autre année du futur.

           Pierre Garnier, in Les Cahiers de Rochefort, 1959

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11 décembre 2007

La rivière Aa

Me voici aux portes d'une Amérique sur un chemin verglacé
Comme le chapeau du diable dans les contes
Où il cuit des œufs de serpent célibataires
Avec des pincettes de bronze lourdes comme les bénitiers
Des chapelles de transatlantiques
Où les dévotes du bord vont prier les soirs de tempête
Quand le capitaine vient de tuer son lieutenant
Avec une pointe de compas pour une erreur de gastronomie
Puis a caché le cadavre dans le piano du grand salon
Peste soit de l'imbécile l'instrument jouera faux
Les valses chaloupées que les filles fatales de seconde classe
Réclament chaque soir au maestro groenlandais
(...)

             Jehan Mayoux, La rivière Aa

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25 octobre 2007

Hermétisme

  Certains fruits se cachent dans des bogues si dures, si hérissées, que l'amateur se décourage, il ferme son couteau et shoote.
  Parfois une capsule s'ouvre en l'air, comme une fête.

               Georges-L. Godeau, Votre vie m'intéresse

Karen Dalton- Something on your Mind.mp3

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20 octobre 2007

Cache-Cache Vinaigre

  Sur le mur en face de moi, à hauteur d'épaule, une encoche dans la peinture, une écorche épaisse en forme de croissant de lune dont l'extrémité supérieure se prolongeait en une vrille bien dessinée, un cheveu fin, semblait palpiter - le couloir n'était éclairé que par un vasistas aux vitres opaques - comme une ampoule miniature et peu vaillante, comme l'unique luciole d'un soir d'été. Je ne l'avais, je crois, jamais remarquée. Et pourtant qu'elle fût de fraîche date ou non, cette calligraphie accidentelle m'hypnotisait et m'attristait. C'était elle, signe infime, elle seule que j'allais regretter, qui me manquait déjà et m'empêchait de m'enfuir. Mais Turquoise parut à son tour, le maquillage brouillé. Elle regardait ses ongles un à un. Elle mesurait l'ampleur des dégâts. Elle ne titubait pas. Elle glissait encore. Elle murmura : « Tirez-vous, tirez-vous s'il vous plaît, il n'y a plus rien à vivre ici, plus rien de rien! »

               Michel Valprémy, Cache-Cache Vinaigre

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12 octobre 2007

Journal de route

« Oui, monsieur, tu es assez gentil. Maintenant, je suis un peu vieux et chaque matin, un demi-pas vers la mort. Merci bien, dors toi, bonne nuit. »

           Damouré Zika, Journal de route

Pascal Comelade - Un train direct.mp3

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01 octobre 2007

Consultation

Le psy me parle de
pulsions morbides
et d’abcès mental
Je ne sais pas trop
disons simplement
que si je pouvais
creuser un trou
dans mon lit
pour disparaître
je le ferais

  Thomas Vinau

Dominique A - Le courage des oiseaux.mp3

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27 août 2007

Sonnet

Tout a  peut-être commencé par la beauté
La  brillance d'une étoile jetée à terre
Quand seul l'or  brille sans faire signe
Et qu'elle ravit les  yeux avec le coeur

Les cheveux ordonnées de la servante nue
Quand seule la  main ajoutait simplement
Sa pensée au clair désordre  des jardins
Et qu'elle  brille encor dans la mémoire

Des hommes Sur l'herbe sans éclat règne
L'étoile rousse qui n'a pas dit son nom
Au poète de dix-sept ans et dont la vue

Pourtant allait plus loin que l'étendue
De ces plaines & des montagnes altières
Vers le fleuve que touchent les soleils

       Alin Anseeuw, in cumann na amandain (Ivar Ch'Vavar éditeur)

D'autres sonnets d'Alin Anseeuw

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06 août 2007

Pisser face au soleil et péter dans le vent

Pisser face au soleil et péter dans le vent,
C'est de la liberté la vérité première,
Car en cambrant les reins en plein dans la lumière
Et pour guider le jet arrondissant la main,
On se trouve faraud parmi tous les humains.
Hypocrite bourgeois qui te voiles la face,
Regarde donc un peu un homme de ta race
Pisser face au soleil et péter dans le vent
Avant de se coucher et puis en se levant.

(...)

Pisser face au soleil et péter dans le vent,
Avant que le grand froid ait gagné mes vertèbres,
Que mon âme ait sombré dans les grandes ténèbres,
Que tout soit effacé, qu'il ne reste plus rien,
Que l' on dise partout: « Ce n'était qu'un vaurien. »
Je voudrais demander à cette providence
De bien me soulager à la même cadence,
De pouvoir chaque jour, et ça pendant longtemps,
Pisser face au soleil et péter dans le vent.

Jules Fortuné

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